Apnée
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Discipline bien plus accessible qu’il n’y paraît, l’apnée possède de nombreux bienfaits, pour la santé mentale et physique. Pour en avoir le coeur net, j’ai testé une séance d’initiation d’apnée en profondeur à la fosse d’Antony (92) avec Pierre Frolla, quadruple recordman du monde de la discipline et ambassadeur Aqua Lung.

Par Charles Brumauld

A la découverte de l’apnée

Après sa recordite aiguë, le Monégasque a décidé de viser d’autres horizons, à savoir partager sa passion au plus grand nombre. Ca tombe bien. J’écoute quasi religieusement les conseils de l’homme poisson. Objectif: me détendre avec cette phobie de manquer d’air.

Préparation

Engoncé dans ma combi sérigraphiée, je m’échauffe au bord du bassin, avec postures de yoga (chien tête en bas, guerrier…) et séries d’enchaînement de salutations au soleil, squats, pompes, en suivant le rythme des inspirations et expirations sur chaque mouvement. Faut se concentrer pour être synchro. Le cardio monte, le sang et l’oxygène circulent sur autoroute. Mise à l’eau, exercices de respiration, bouche immergée, puis tête entière, sans chercher la performance. Progressivement, on habitue le corps à ventiler.

Valsalva

Les masques enfilés, descente d’échelle, qui file 9 mètres plus bas sur le bord de la fosse. Là encore, pas en mode « perf ». « C’est la détente et le relâchement que l’on recherche. Le moins de tension possible, on descend jusqu’où l’on peut, en quiétude » place Pierre Frolla. Hum. Je prends une grande inspiration et descends les barreaux de l’échelle. Surpris, j’arrive aux deux tiers sans problème, en effectuant la manoeuvre de Valsalva, permettant d’équilibrer la pression entre l’oreille externe et l’oreille moyenne grâce à la circulation d’air dans la trompe d’Eustache. L’instructeur me coache: « Garde la tête droite à la montée, et… regarde derrière toi. » Je reprends mon souffle et repars pour une autre descente, plus loin cette fois. Je me retourne. Ma vue quitte les barreaux de l’échelle pour se poser sur la fosse en bas, bleu royal, les bouées en haut, bleu azur. Les jambes des novices s’agitent doucement. Ce spectacle apaisant ralentit mon rythme cardiaque. J’oublie que je ne respire plus. Je me sens bien. Calme. Tranquille. Et remonte à l’aide de mes bras, sans hâte.

La suite ? Des descentes répétées le long des cordes attachées à des bouées. Et des remontées avec palmes munies de voilures géantes façon « Jean-Marc Barr » dans sa remontée libre dans Le Grand Bleu ». Jouissif. Me manquait une centaine de mètres et j’y étais.

« L’apnée est un retour aux sources »

Peur de s’y mettre ? Confrontez vos doutes et plongez la tête la première. Pour le spécialiste Pierre Frolla, l’apnée permet de:

  1. Trouver ses propres ressources:
    Lorsqu’on est immergé, les solutions ne peuvent venir que de vous. Au lieu de se tendre, il faut au contraire explorer son intériorité pour trouver les ressources propices à la relaxation. Plus qu’une invitation au voyage, l’apnée est une sorte de retour aux sources, à soi, un endroit où on n’ose plus trop venir.
  2. Chasser le stress:
    Pendant l’échauffement, place à la cohérence cardiaque: des séances comprenant un nombre précis de respiration par minute, en respiration abdominale. Ainsi, on ralentit le rythme cardiaque et l’on habitue le corps à vivre en hypoxie (sans oxygène, ndrl). De quoi annoncer la séance qui suit, mais aussi le réinvestir dans la « vraie » vie car ces exos permettent de mieux gérer ses émotions, notamment le jour J d’une compétition, où le coeur bat à 180.
  3. Se dépasser:
    L’apnée, c’est courage, humilité, abnégation et partage. Il faut être suffisamment courageux, tout en restant humble face à ses limites. On franchit un à un les obstacles pour se dépasser et acquérir une nouvelle forme de liberté. Responsable de soi-même (comme de l’autre), on est obligé de penser au « chemin du retour« . De quoi bosser sa capacité à toujours finir quelque chose, le faire jusqu’au bout et du mieux possible.