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Travailler plus, manger vite, s’amuser efficacement…. STOP! On n’en peut plus, redécouvrez le plaisir d’en faire moins, mais beaucoup mieux!

Finalement, les hippies avaient raison. Pas forcément pour les pantalons « pattes d’éph » ou le riz complet, mais pour le culte du cool. La coolitude, c’est la vie telle qu’elle vaut la peine d’être vécue : à votre rythme. Après des décennies d’accélération du temps, d’hypertension, d’infarctus, d’angoisse et de burn-out, beaucoup se rendent compte aujourd’hui que ce rythme infernal n’est plus tenable, et qu’il ne nous mène à rien. Les partisans de la « slow life » sont de plus en plus nombreux. « C’est une révolution culturelle contre cette idée que le progrès consiste à aller toujours plus vite, analyse Carl Honoré, auteur du best-seller Éloge de la lenteur (éd. Marabout).La slow philosophie n’est pas du tout synonyme de fainéantise. Il ne s’agit pas de tout faire lentement, mais de retrouver son propre rythme pour chaque chose. »
C’est le climat romain qui a vu la naissance de cette prise de conscience salvatrice, à la fin des années 1980. Première cible : la malbouffe. Puis le mauvais sexe, le stress au travail, les voyages bâclés, et tous les moments de vie gâchés. Une philosophie d’esthète qui se révèle gagnante à tous les niveaux. « Ses effets bénéfiques se font ressentir assez rapidement, affirme Stéphane Szerman, coauteur du livre La slow attitude (éd. Armand Colin). Le fait de retrouver le plaisir de faire les choses, de se redonner du temps, amène la sensation physique et psychologique d’avoir une meilleure qualité de vie. » Mais le slow est un changement en profondeur, qui demande… du temps. Première étape : à table !

SLOW FOOD : MANGER, C’EST SACRÉ

Vous avez l’habitude de déjeuner en 15 minutes, d’un kebab bien gras qui dégouline de sauce blanche sur les touches de l’ordinateur ? Comme nous tous. Mais, s’il vous voyait, Carlo Petrini vous mettrait deux claques. Le désormais illustre gastronome italien est l’inventeur de la « slow food ». Parti d’une quasi-blague (empêcher l’installation d’un McDonald’s) le mouvement est aujourd’hui une organisation internationale à but non lucratif, qui compte quelque 160 000 adhérents. Son credo ? D’abord acheter de bons produits, goûteux. « La variété qui s’offre à nos yeux quand nous pénétrons dans un supermarché n’est qu’apparente, estime Petrini dans son manifeste. Des secteurs entiers proposent bien souvent les mêmes composants. » Pour trouver la différence, il faut regarder du côté des arômes ajoutés et des colorants : pas très enthousiasmant. Pour manger « slow », préférez le marché aux grandes surfaces, le local à l’importation, et les produits de saison aux fraises d’hiver. Mais la slow food défend aussi des valeurs écologiques et éthiques, car la qualité doit s’étendre à tous les éléments de la chaîne de production. Pour profiter au maximum de cet excellent panier du marché, vous devrez découvrir l’utilisation de cette chose à boutons à côté du micro-ondes : la plaque de cuisson. Oui. Le slow food man mitonne, mijote, fricasse et fait la popote. Il redécouvre les traditions culinaires oubliées ou s’initie à des cuisines étrangères. Mais il ne fait pas ça tout seul devant Patrick Sébastien à la télé. Pour les adeptes du mouvement, manger signifie développer ses papilles, mais également partager et échanger. Un bon repas finit toujours autour d’une grande table pleine d’amis et de gourmets, comme vous.

SLOW SEXE : IL N’Y A PAS QUE L’ORGASME

Qui n’a jamais été interrompu par un coup de fil inopiné (« je dois répondre, c’est vraiment important ») ? Qui n’a jamais précipité les choses parce qu’il avait trop envie et plein de trucs à faire après ? D’après Carl Honoré, notre recherche constante d’efficacité déteindrait furieusement sur l’oreiller. Nous aurions tendance à nous précipiter vers la destination, l’orgasme, plutôt que de profiter du voyage. Résultat : une sexualité souvent un peu basique et frustrante. En se donnant du temps, le mouvement slow rend le sexe plus créatif et enrichissant et donc, souvent, beaucoup plus excitant.« Un rapport sexuel court, qui se solde par un orgasme vite fait, n’est suffisant que dans le cadre d’une sexualité masturbatoire, explique le sexologue Patrice Cudicio. Dans ce cas, il n’est pas question de relation ou d’échange. On cherche seulement à obtenir une résolution rapide des tensions. » L’idée du slow sexe est de valoriser l’échange, le partage du plaisir et de l’excitation. Plutôt que de suivre un chemin tout tracé vers l’orgasme, en se servant plus ou moins de l’autre pour l’atteindre, les deux partenaires se nourrissent de leurs sensations mutuelles. « Il s’agit de s’accorder du temps pour être bien ensemble, défend Stéphane Szerman, sans se préoccuper de ce qui va se passer au bout. »(Re)découvrir le corps de sa partenaire, le caresser dans ses moindres détails… des pratiques qui pourraient vous apporter au final beaucoup plus de satisfaction qu’un petit coup entre deux portes. « L’homme peut éprouver un très grand plaisir dans la réalisation de son désir de possession et de conquête, mais aussi physiquement, quand il joue à maintenir son excitation le plus longtemps possible, souligne le Dr Cudicio. L’orgasme peut même en être nettement plus puissant. » Vous savez la faire vibrer ? Alors profitez-en le plus longtemps possible.

SLOW TRAVAIL : REVOYEZ VOS PRIORITÉS

Pour Carl Honoré, la crise économique est un signal d’alarme. « Toute notre économie est basée sur la croissance et la vitesse  : consommation rapide, profit immédiat… et regardez où cela nous a menés ! » Le raccourcissement du temps doit aussi beaucoup au développement fulgurant des technologies multimédias et des réseaux sociaux. Il faut suivre le rythme de l’ordinateur, beaucoup trop rapide pour un cerveau humain. Mais si nous sommes des drogués de l’accélération, c’est aussi parce que nous sommes habitués à tout obtenir en un clic.Pas facile de la jouer slow life quand celui qui fait tout plus vite, et qui reste le plus tard au bureau, est toujours considéré comme le meilleur. Pour résister, la première étape est de communiquer. « Expliquez votre démarche à vos collègues et à vos proches, conseille Carl Honoré. Montrez que vous souhaitez simplement faire les choses le mieux possible au lieu de les faire le plus vite possible. » Apprenez à dire « non » et allégez votre agenda. Resserrer vos priorités est essentiel pour vous concentrer réellement sur chacune de vos actions. Reprenez la main sur le téléphone, les mails et les textos, et refusez de vous laisser interrompre toutes les 10 minutes. Aménagez-vous des bulles de solitude pour vous concentrer pleinement sur un dossier. Enfin, n’ayez pas peur de faire des pauses régulières et d’échanger avec vos collègues. « Le slow management prône le bien-être au travail, rappelle Stéphane Szerman. Il faut retrouver le plaisir de travailler dans la convivialité et de partager des moments de relaxation. »Paradoxalement, la slow attitude vous rendra beaucoup plus efficace et vous apportera la satisfaction du travail bien fait. On ne compte plus les études qui démontrent que nos habitudes multitâches affaiblissent le cerveau, diminuent la concentration et minent la mémoire. Il faut donner du temps au doute, à la délibération, au choix. Vos moments de pause vous permettront de développer votre créativité, d’envisager plus globalement tous les aspects d’un problème, et de prendre de meilleures décisions.

SLOW TOURISME : IMPRÉGNEZ-VOUS DES LIEUX

Rentrer dans le mouvement slow, c’est vivre pleinement et redonner du sens à chacune de ses actions. Y compris en vacances ! Vous avez déjà vu ces grappes de touristes à moitié épuisés, traversant les musées au pas de course et remontant très vite dans leur bus infernal ? Le slow touriste ne veut pas de ça. « Le mouvement slow propose une alternative au tourisme de masse et de consommation, aux visites qui s’enchaînent à un rythme impossible, affirme Stéphane Szerman. Il s’agit de redonner au voyage toute son importance. On prend son temps, on s’immerge dans la culture pour rencontrer réellement les personnes qui vivent sur ces territoires. » Une bonne façon de ralentir consiste à privilégier les moyens de transport comme le bateau ou le train plutôt que l’avion. Marcher permet aussi de retrouver son propre rythme et de découvrir des endroits moins accessibles. N’établissez pas un programme de visites surchargé. Privilégiez un ou deux lieux, et prenez le temps de flâner.

[box align= »alignleft » type= »shadow » ]LES BIENFAITS DE LA SIESTE
Piquer un somme : voilà ce qu’il vous faut. Nous ne sommes pas les seuls à vous le dire ! Léonard de Vinci, Napoléon, Einstein, Churchill ou Dalí étaient, semble-t-il, de fervents défenseurs du roupillon. Le docteur Eric Mullens, auteur de Apprendre à faire la sieste (éd. Josette Lyon), explique que la privation de sommeil est néfaste pour la santé, et qu’elle a notamment des conséquences sur la pression artérielle. Mais l’envie de dormir est de toute façon présente chez tout le monde entre 13 heures et 15 heures, même si vous avez passé une nuit correcte. Troquez le régime caféine/somnifères contre une courte sieste de 10 à 20 minutes. Elle vous permettra de récupérer vigilance et capacités de concentration jusqu’au soir.
COMMENT ? Installez-vous dans un coin tranquille, relaxez-vous et détendez vos muscles. Inutile de se forcer à dormir, vous pouvez seulement vous relaxer. Si vous avez peur de ne pas vous réveiller, programmez une sonnerie. Si le réveil est difficile, c’est que vous étiez plongé dans une phase de sommeil lent profond. Quelques mouvements de gymnastique favorisent alors le retour à la vigilance. Ce type de sieste est idéal pour les travailleurs stressés aux longues journées. Vous attaquerez l’après-midi plus détendu et plus disponible. Les travailleurs de nuit, ou ceux qui doivent se lever avant 5 heures du matin, ont, eux, besoin d’une sieste plus longue.[/box]