Depuis des siècles, les amateurs de potions magiques ont alimenté la longue liste des produits aphrodisiaques. mais que faut-il en penser aujourd’hui ? Valent-ils vraiment quelque chose ? Suivez le guide…

L’ami d’un ami connait un ami qui n’a pas débandé pendant soixante-douze heures. Avec une tisane de plantes secrètes récoltées sous les pieds d’un pendu en décomposition. Cette belle histoire se transmet depuis l’origine de l’humanité. Aujourd’hui, la liste des plantes et des aliments aux vertus supposées aphrodisiaques est largement disponible sur Internet, le pendu en moins. Ne dites pas le contraire : on sait que vous êtes tenté. Mais, comme nous, vous vous demandez s’il existe l’ombre d’un début de preuve que ça soit véritablement efficace. Lisez ce qui suit et vous saurez tout…

CERTAINS APHRODISIAQUES VALENT LE VIAGRA
FAUX
Les forums sur Internet en témoignent : nombreux sont les hommes (et les femmes) prêts à miser l’épanouissement de leur vie sexuelle sur des gélules d’extrait de céleri ou de la poudre de ginseng. La croyance populaire a beau regorger de récits d’érections surnaturelles, les épices, les plantes et les racines ne peuvent rien si c’est un vrai médecin qu’il vous faut. «Les aphrodisiaques ne sont pas des médicaments, rappelle le Dr Pierre Desvaux, sexologue. Ils ne sont pas très efficaces contre les problèmes sexuels sérieux, comme les troubles de l’érection, l’éjaculation prématurée ou le manque de désir. » Cela ne veut pas dire que les aphrodisiaques ne servent à rien. «Ils peuvent donner un bon coup de pouce
aux personnes fatiguées et stressées, qui ont besoin de meilleures conditions physiques et psychologiques pour retrouver de la libido», constate le Dr Patrice Cudicio, sexologue. En clair : pour surmonter les coups de mou.

BEAUCOUP D’ENTRE EUX SONT DES PLACEBOS
VRAI, MAIS…
La très longue liste des produits supposés aphrodisiaques comprend, entre autres, le thym, les asperges, la moutarde, les huîtres, le gingembre, le chocolat, les fraises et le champagne. Bref, on n’y croise pas tout à fait tout ce qui se mange, mais pas loin (sans parler des produits qu’on ne devrait même pas essayer de manger, comme les testicules d’animaux). Alors, d’accord, certains aphrodisiaques (pas tous) comme le concombre, la tomate ou la figue, doivent davantage leur célébrité à leur forme douteuse qu’à leur composition magique. Mais « placebo » ne signifie pas « inutile », loin de là ! Le cerveau est le premier organe sexuel de l’homme. Pour certains spécialistes, toute stimulation, même visuelle, est bonne à prendre. « Les libertins du XVIIIe siècle mettaient en scène les formes suggestives de certains fruits et légumes, explique le Dr Cudicio. Cela avait pour fonction de stimuler l’imaginaire, qui peut aussi être activé via certaines odeurs, comme la truffe, réputée aphrodisiaque pour cette raison. Le fait même de vouloir préparer un dîner aphrodisiaque crée un environnement sensoriel et ludique très favorable aux activités érotiques. C’est ce qui manque à beaucoup de couples qui se plaignent de ne plus faire grand-chose au lit. » En résumé, les aliments aphrodisiaques peuvent être considérés comme des accessoires érotiques, au même titre que la lingerie et les sex-toys, par exemple.

LES ÉPICES ONT FAIT LEURS PREUVES
VRAI
Quelques études scientifiques ont démontré que les épices faisaient partie des substances qui ont une action physique réelle. C’est le cas du piment, du poivre, de la cannelle ou encore du gingembre. «Les épices contiennent des molécules aux propriétés vasodilatatrices, explique le Dr Jean-Michel Morel, phytothérapeute. Cela signifie qu’elles facilitent la circulation et augmentent l’afflux de sang au niveau du pénis ou du clitoris. » Les épices provoquent aussi une légère irritation au niveau de l’urètre, un effet « chaleur » qui ressemble à l’excitation sexuelle et peut la favoriser. «Mais tout dépend du contexte et de l’état d’esprit, complète le Dr Éric Tanneau, psychiatre et sexologue. L’effet aphrodisiaque est une alchimie orchestrée par le cerveau, dont le succès dépend de l’association d’un produit, d’une personne et d’une rencontre. La sensation physique doit être connectée à un contexte érotique.» Pour faire simple : déguster un dîner épicé avec votre partenaire peut faire monter la température, alors que manger tout seul des sushis au gingembre ne sert strictement à rien. Au pire, si vous en abusez, la sensation de chaleur vous donnera plutôt l’impression d’une infection urinaire.

HUÎTRE, ALCOOL ET CHOCOLAT : LE COMBO GAGNANT
VRAI ET FAUX
Au-delà du côté festif, toujours bénéfique pour la libido, ces trois ingrédients possèdent des qualités propres. Les huîtres sont ainsi extrêmement riches en zinc, un élément essentiel puisque c’est un cofacteur de la testostérone. Mangez des huîtres, car l’efficacité de votre hormone virile en dépend ! Le chocolat, lui, s’adresse plutôt à votre partenaire. La science a identifié plusieurs éléments qui agissent positivement sur le cerveau, comme la théobromine, aux propriétés stimulantes, mais sans réussir à établir précisément d’où provenaient ses qualités aphrodisiaques. «Une étude
italienne a apporté un début de preuves scientifiques à cette réputation millénaire, étaye le Dr Tanneau. Le Dr Andrea Salonia a étudié le comportement de femmes qui appréciaient le chocolat, par rapport à d’autres qui n’aimaient pas cela. Les amatrices avaient à la fois plus de rapports sexuels et plus de désir.» Une overdose d’huîtres et de cacao ne nuit pas gravement à la fin de soirée. Mais ces deux-là vont rarement sans quelques verres de raisin fermenté, et c’est là qu’il faut faire attention. Des trois, l’alcool est le produit le plus « actif » sur la libido… à condition de se limiter. «L’alcool agit en supprimant les complexes desdeuxpartenaires.L’homme n’a plus peur de ne pas être à la hauteur et la femme de ne pas plaire, poursuit le Dr Desvaux. À petite dose, cette désinhibition est très favorable au sexe. Mais au-delà de deux ou trois verres, l’effet s’inverse. L’alcool peut retarder ou empêcher l’éjaculation, voire l’érection. »

MOINS DE STRESS, PLUS DE SEXE !
VRAI
Fatigue et stress sont les principaux ennemis de votre bien-être sexuel. C’est à cause d’eux que vous ne pratiquez (presque) plus que le week-end. Toujours à cause d’eux qu’elle préfère faire du yoga en club plutôt que du sport en chambre. Ce qu’il vous faut, c’est une bonne cure de ginseng, d’éleuthérocoque ou de rhodiola. Ces plantes agissent sur différents neurotransmetteurs, comme la dopamine. On les appelle « adaptogènes » car elles permettent à l’organisme de s’adapter aux situations de stress psychologique ou physique. Elles peuvent rééquilibrer le système nerveux, hormonal, et booster le système immunitaire. Quand vous êtes moins fatigué, vous êtes aussi plus disponible, et votre libido n’attendait que ça. «Le ginseng et l’éleuthérocoque stimulent également les hormones masculines, en agissant sur les corticosurrénales», complète le Dr Morel. Le tribulus, utilisé par certains culturistes pour augmenter leur masse musculaire, agirait spécifiquement sur la testostérone. Une étude aurait même montré qu’il favorise les érections… chez le rat. C’est déjà un bon début.